Les enjeux de la conception et de la rénovation des espaces communs en EHPAD

Comment votre établissement contribue au bien être de vos résidents ?

Rédigé par Happytal

Publié le 01/09/2020

Temps de lecture : 5 minutes

Aujourd’hui, beaucoup de personnes âgées vivent l’entrée en institution comme un éloignement de leur famille et de la vie « du dehors ». Comment remplacer ce sentiment en créant un environnement positif ?


La chambre est le domaine du privé, de l’intime. Les espaces communs sont le cœur des Ehpad. Le lieu de la socialisation, une activité cruciale dans les établissements où les résidents peuvent facilement se replier sur eux-mêmes et s’isoler.


Les pièces communes de votre structure ne sont pas très différentes de la salle de séjour de votre logement. Dans un cas comme dans l’autre, il s’agit d’un endroit où la communauté se retrouve pour discuter et faire des choses ensemble.


En institution, ces espaces partagés prennent une importance accrue. Quand vos résidents vivaient dans leur maison, leur pavillon ou leur appartement, tout leur univers tournait autour de lieux privatifs. À présent, la sphère privée est réduite à leur chambre. Cette diminution devrait s’accompagner d’une augmentation significative de l’utilité et de la qualité des pièces communes, pour les aider à se réorganiser. L’aménagement de ces zones contribue au confort des résidents. Puisque les lignes entre espaces privés et partagés sont brouillées, vous devez recréer des conditions de vie privée dans tout l’établissement. Ceci contribue à donner aux résidents la sensation de vivre « chez eux » en leur laissant autant de liberté que dans leur domicile personnel.


Le « chez soi » est un concept multifactoriel, très marqué par les caractéristiques sociales, l’environnement et les aménagements. Il est relié à une expérience personnelle et aux émotions. Des scientifiques ont montré que le sens du chez-soi est influencé par 15 facteurs (classés en 3 thèmes) :

  • Des facteurs psychologiques : l’estime de soi, la préservation des habitudes et des valeurs, l’autonomie et le contrôle, la capacité à faire face aux situations nouvelles
  • Des facteurs sociaux : les interactions et relations avec les soignants et les autres résidents, les relations avec famille et les amis, les animaux de compagnie et les activités sociales.
  • Des facteurs environnementaux : l’aménagement des espaces privés et publics, disposer de biens personnels, un usage raisonné de la technologie, l’apparence, la localisation et l’agencement des extérieurs.

Le sentiment de « chez soi » est holistique, il est influencé par l’expérience du résident dans son ensemble et pas uniquement par le fait de disposer d’une chambre personnelle. Les études montrent que l’aménagement de l’espace extérieur et intérieur joue un rôle majeur pour le développement du sens du « chez soi ».

Comment les architectes pensent les espaces partagés ?

Didier Salon est architecte spécialisé de la construction de logements collectifs pour personnes âgées. Dans l’entretien exclusif qu’il a accordé à happytal, il vous explique comment il conçoit les espaces partagés dans ses projets et comment penser un environnement qui aide les personnes âgées à se sentir chez elles.

L’organisation spatiale d’ensemble est primordiale et déterminante. Elle permet d’affecter aux différents espaces des statuts qui vont du plus public au plus intime. C’est la perception de ces statuts qui donnent la lisibilité des lieux, tant pour les résidents que pour les soignants, les familles, les bénévoles ou les visiteurs.


C’est aussi par la distribution des espaces que vous pouvez plus ou moins imiter le schéma du domicile. De l’entrée sur le palier à la chambre parentale, au fond.


Trois principes guident le concepteur d’Ehpad pour les zones partagées, en voici la recette :

  1. L’exigence globale étant le respect absolu des surfaces, vous pouvez aborder la réponse en disant que les espaces communs sont d’abord ceux qui restent quand vous avez positionné les chambres. Plus vous optimisez les zones de chambres (environ 35-40 % de la surface totale), plus vous disposez de mètres carrés pour les espaces communs.
  2. La position des espaces communs se détermine par rapport à la distribution générale et verticale (flux des personnes, des personnels, des soins, de la restauration). Elle dépend également de la relation spatiale souhaitée avec les chambres adjacentes, selon leur nombre, les publics et leur destination. Généralement, vous rechercherez une certaine centralité des espaces communs par rapport aux chambres qui l’entourent.
  3. Enfin, vous choisirez la configuration spatiale intrinsèque de l’espace partagé. Ses fonctions, ses usages, ses orientations, la qualité de la lumière, les balcons ou terrasses, les vues qu’il procure sur l’environnement, son aménagement intérieur avec ses différents matériaux, ses couleurs, ses meubles. En un mot, son « ambiance ».


D’autres petites pièces communes peuvent être disséminées dans l’ensemble du bâtiment. Par exemple aux extrémités des circulations, pour éviter les couloirs cul-de-sac. Mais pas trop, sous peine d’exploser les ratios ! Il est donc assez difficile ensuite de qualifier tous ces endroits comme des espaces « domestiques ». Même s’ils sont au centre géométrique, ils ne figurent pas nécessairement des lieux de centralité sociale, relationnelle, etc.


J’ai fait une exception à ces règles lors de la conception de la Mapad d’Ay, mais c’était avant l’Ehpad. Nous avons imaginé une sorte de rue intérieure, desservant les chambres et mêlant les services de proximité (linge, soins, détente, coiffure, etc..). Elle relie deux grands espaces communs situés aux extrémités qui sont les lieux de vie principaux. Cette configuration permet aux personnes un peu perdues de se « promener. » En allant d’une centralité à l’autre. En « croisant » en permanence les lieux de travail du personnel, ce qui produit une disposition très structurante pour la vie sociale tout en assurant une bonne fonctionnalité. On est loin des pathétiques « espaces de déambulation ».


C’est un peu comme si vous acceptiez que lieux de travail et lieux de vie soient « réconciliés. » Fassent un seul et même ensemble, mais avec beaucoup de sous-espaces et de sous statuts permettant à chacun d’y trouver ses marques. C’est en résumé, à l’exact opposé de la conception du modèle hôtelier haut de gamme où, comme entre la scène et les coulisses, les zones et usages sont séparés. Où le statut spatial désigne et isole le statut social.

Aménager les espaces communs, c’est les rendre le plus « domestique » possible. Ce serait par exemple créer un endroit suffisamment grand pour être occupé de plusieurs façons, avec des sous-espaces bien différenciés et identifiables (vue, lumière, taille, nom).


Imaginez une organisation intermédiaire entre loft et alcôves. Vous pouvez vous représenter l’espace à l’image d’une brasserie « Art Nouveau. » Avec ce sentiment d’être à la fois un peu protégé par les banquettes hautes tout en se trouvant au milieu de tout le monde !


Ce schéma figure aussi une approche qui permet aux utilisateurs de décider en conscience, de se projeter dans des parties de l’espace souhaité. Être plus ou moins maître de son cadre de vie est ce qui in fine constitue la première condition de la domesticité.


Une autre exigence réside dans la nécessité de donner à ces espaces communs la capacité « d’incorporer » des éléments extérieurs au bâtiment, quartier, voisinage, etc. Si c’était la mer, je tenterais de « faire entrer l’horizon » dans la maison. C’est ce type de ressenti et de travail sur l’espace qui donne à ces locaux, relativement banalisés par toutes sortes de contraintes, une forme de singularité. Une aspiration vers un ailleurs, une mise à distance du caractère auto centré et pesant de toute institution.

Nous venons de le voir, le sentiment de « chez-soi » est influencé par plusieurs facteurs indissociables. Disposer de biens personnels et préserver ses habitudes contribuent indéniablement au bien-être des résidents. Il existe d’ailleurs des solutions clé en main qui leur permettent de ne pas rompre avec certains rituels qui illuminaient leur quotidien avant d’entrer en institution – gourmandises, prestations de confort, loisirs etc - tout en simplifiant le quotidien des soignants. Nous en avons développé une pour vous. 

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